La pluie et les dieux du commerce

Pluie à Dalat, Vietnam ©Olivier Cirendini

Les monastères suspendus des Météores, en Grèce, offrent une vision sublime. Selon la légende, des rochers sont descendus du ciel pour accueillir ces lieux de méditation. Mais les légendes sont souvent plus belles que la réalité. Les dieux de l’Olympe ou celui des orthodoxes l’ont voulu ainsi : aujourd’hui, il pleut. C’est comme ça et on n’y peut rien. Ça arrive ici comme partout au monde. Au Royaume-Uni, après tout, la pluie est quasiment un argument touristique. Selon les lieux, il pleut des cordes ou des hallebardes, voire même « des chiens et des chats ». Allez comprendre. Je me rappelle une lluvia cubaine qui avait failli transformer un coco-taxi en radeau de la méduse, une drache réunionnaise dont chaque goutte semblait pouvoir remplir une bassine (j’exagère, vraiment ?), des ondées vietnamiennes aussi brutales que bienvenues (photo) et de délicates pluies d’été.

Aléa du voyage. Quand il pleut, les touristes errent. En short, en tongs, dans leur tenues choisies avec soin pour leurs vacances au soleil. Et, comme par enchantement, les boutiques sortent des capes de pluie qu’elles accrochent à leur devanture. Ces capes chinoises en plastique qui transforment de la même façon une cheffe comptable britannique ou un plombier polonais en créature évanescente aux contours flous, et semblent exister dans tous les pays du monde. Rose bonbon, mauves, bleues, jaunes. Cheap et si bienvenues. Les dieux du commerce sont imbattables.

Lucha libre !

Masques de Lucha Libre, Todos Santos ©Olivier Cirendini

Chaque pays a son imagerie. Sur les marchés au Mexique, entre les tapis et les têtes de mort, les mini-verres à tequila et les chapeaux XXL, on trouve des masques de lucha libre. Des accessoires aux couleurs éclatantes et au design élaboré, portés par les combattants de cette version locale du catch dans laquelle les amateurs voient une véritable allégorie de l’existence – mi-spectacle, mi-tragédie, avec ses bons et ses méchants, ses bad guys et ses justiciers –, et le public un excellent moyen de se défouler en s’injuriant sans conséquences et en s’époumonant en bande.

« Es muy popular en Mexico », m’a assuré la vendeuse. Devant ma mine un peu circonspecte (les masques, il faut le préciser, ont un aspect qui évoque au profane un accessoire un rien sado-maso, en plus coloré), elle m’a demandé d’où je venais. “Incroyable, a t-elle conclu incrédule. L’histoire dit pourtant que la lucha libre a été introduite ici sous occupation française“. Cocorico ?

Le tigre derrière le lion (une histoire de migrants)

Il s’en faut parfois de peu pour qu’un pays trouve sa voie. Singapour était une jungle au sud de la Malaisie. Parce que les Anglais cherchaient à établir un comptoir près du détroit de Malacca, parce qu’un monsieur Raffles a vu son potentiel, parce que son premier leader après l’indépendance a eu une vision stratégique tournée vers l’avenir (certes un tantinet autoritaire, ne nous voilons pas la face), le “petit point rouge“ sur la carte est devenu un géant vert.

Hier, le pays avait été (mal) nommé Singapura – le « pays du lion » – alors qu’on n’y a jamais vu la crinière d’un panthera leo, mais plutôt les rayures de quelques tigres. Aujourd’hui, il est l’un des quatre dragons d’Asie. Les économistes encensent sa réussite économique, les urbanistes saluent son approche environnementale : avec ses fermes urbaines, ses serres géantes et ses espaces verts au cœur des buildings, Singapour a des airs de cité futuriste qui esquisse la ville de demain.

Une réussite fondée sur une population en majorité immigrée – Chine, Malaisie, Inde et autres horizons –, arrivée pour des raisons économiques, et qui a su créer la recette d’un melting-pot équilibré. À Singapour, on célèbre chaque année la diversité des cultures durant le “Racial Harmony Day” : le 21 juillet, les écoliers échangent les recettes et les costumes traditionnels de leurs communautés respectives. Tout cela “démontre qu’il y a de l’espoir pour les migrants”, insiste l’enthousiaste Alvin Yapp (photo), qui a fait de sa maison du quartier de Katong le musée The Intan et est l’un des meilleurs ambassadeurs de la culture péranakan (métissage chinois-malais) de Singapour. Un exemple à méditer.

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