Divine surprise

Le cloître de l'Abbaye de Cadouin © Olivier Cirendini

Le cloître de l’abbaye de Cadouin est une pure merveille. Au cœur du Périgord dit « pourpre », il met des étincelles dans les yeux des collégiens, des touristes de passage et des membres de la Commission du patrimoine mondial (qui ont inscrit l’abbaye dans sa liste en 1998) avec ses délicats entrelacs de pierre claire, la flamboyance de ses motifs gothiques et ses étonnantes clefs de voûte pendantes, figurant côte à côte anges et pêcheurs.

Sa beauté et son somptueux état de conservation ne sont cependant pas les seuls à avoir assis sa réputation. L’abbaye, fondée au XIIe siècle, a en effet attiré des milliers de pèlerins car elle renfermait un suaire, arrivé ici de façon mystérieuse, qui aurait ceint la tête du Christ. Pendant près de huit siècles, à partir de 1117, on vint ici s’agenouiller devant la sainte étoffe – à laquelle on prêta plus de 2 000 miracles aux XIV et XVe siècles – et la porter en procession.

Mais les miracles ont parfois une fin. En 1934, interloqués par certains motifs de l’étoffe, des scientifiques révèlent qu’il s’agit d’un tissu vraisemblablement fabriqué en Égypte au XIe siècle et qu’il comporte des caractères en arabe ancien en l’honneur de Mahomet et d’Allah. Il faut dès lors se rendre à l’évidence : pendant des siècles, toute la chrétienté est venue se prosterner sur une fausse relique et un vrai tissu musulman…

Ironie de l’histoire, les « miracles » de Cadouin étaient notamment liés à la folie : les « fous », ou ceux supposés tels, venaient toucher le suaire pour guérir des errances de leur esprit. La foi, dit-on, se passe de preuves.

Bal poussière à Nosy Nato (Délestage 2)

Le long de la côte nord-est de Madagascar, l’île Sainte-Marie et l’île aux Nattes forment comme un point d’exclamation. La longiligne Sainte-Marie est le trait ; le confetti insulaire de Nosy Nato le ponctue d’un point oblong. Sur ce minuscule îlot bordé de cocotiers, de lagons et de plages de cartes postales, la Case à Beby était (elle a malheureusement fermé depuis !) une boîte 100 % malagasy. L’une de ces discothèques de village en grande partie en plein air, où l’on vient faire la fête sans arrières pensées et où les touristes sont les bienvenus tant qu’ils se mèlent à l’ambiance sans chichis et payent quelques bières à droite et à gauche.

Sur ce lopin insulaire sans électricité, l’alimentation par groupe électrogène donnait lieu à quelques épisodes inattendus. Un 14 juillet, pour le bal du même nom (les Saint-Mariens ont gardé un certain attachement aux traditions exotiques de l’ancienne puissance coloniale), alors que la fête battait son plein, le groupe électrogène a mis fin aux déhanchements et au rythme du salegy dans un déchirant râle essouflé. Tsy misy lasantsy. Plus d’essence.

Tout le monde s’est assis sur le sable, quelqu’un y a dessiné un cercle, chacun y a jeté quelques billets. Un homme a ramassé le tout et est parti dans la nuit. On a discuté paisiblement jusqu’à son retour, une bonne demi-heure plus tard, en buvant des THB (la bière locale) tièdes. Il était parti en pirogue jusqu’à Sainte-Marie, pour revenir avec une bouteille d’eau en plastique remplie d’essence. Le réservoir du groupe électrogène a été promptement rempli et la fête est repartie d’un coup.

À Madagascar, on n’a pas toujours du pétrole, mais on a de l’énergie à revendre. « Il est bon de tomber, cela apprend à mieux marcher », dit un problème malgache. 

Une histoire de Q (et autres consonnes)

Panneau La plantade © Olivier Cirendini

Montcuq n’est pas seulement une localité de 1 800 âmes dont le nom a fait se gondoler de rire des milliers de visiteurs de passage. C’est aussi et surtout un joli village du Quercy blanc, avec place bordée de platanes et ruelles pavées, en même temps que l’illustration d’une vérité socio-géographique : dans ce bel hexagone, on aime bien glisser localement une petite incongruité qui permettra à coup sûr de faire la différence entre le gars du coin et celui d’la ville, l’initié du bocage et « l’estranger » d’où qu’il soit.

Car Montcuq, comme il se doit, se prononce MontcuQ, avec un Q final bien senti. C’est fort de cette connaissance du parler régional qu’on arrive à Saint-Cirq-Lapopie, quelques dizaines de kilomètres plus à l’est, réputé à juste titre pour ses demeures de pierre blonde et les vestiges de son fort seigneurial. Et on se ramasse comme un estranger : « On n’est pas au cirque ici », nous fait-on remarquer d’une répartie cinglante après qu’on a prononcé Saint CirQ… Le Q est aussi sonore à Montcuq qu’il est silencieux à Saint-Cirq…

L’Auvergne donne une autre illustration de cet art subtil de débusquer le « pasducoin ». On serait volontiers enclin à ne pas prononcer le S de Maurs-la-Jolie, localité du Cantal longtemps vantée pour ses foires. Eh bien non, il siffle ! À la différence de celui de Salers, de l’autre côté de la ville d’Aurillac, dont on ne présente plus la qualité des viandes bovines mais dont le S final se doit de rester au fond du gosier sous peine d’être rangé derechef dans la catégorie des non-initiés.

C’est comme ça. Après tout, il n’y a que des étrangers, allemands, anglais ou autres visiteurs, pour prononcer le S de Parissss, non ?

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